La fuite en AFN


© ARDHAN - D-520 base de Tafaraoui 1941

D-520 Le 23 Juin 1940, dans l'après-midi, le Capitaine de Corvette Jozan est convoqué par le commandant de l'Aéronautique Navale régionale, où il apprend que des bruits courent sur un probable débarquement italien en Corse.
La France est tellement sans dessus-dessous, que ses services de renseignements en sont rendus à se fier à des rumeurs et non plus à planifier des missions de reconnaissances.
Il est décidé aussitôt de mettre en place à Calvi une escadrille de chasse, les D-520 et une formation de bombardier en piqué, les Vought 156-F.
Dans la soirée du même jour, cinq chasseurs sont dans l'île, ils seront quatre de plus le lendemain matin, suivis de peu par les Vought.
En guise de risque de débarquement, c'est ceux de l'abandon du combat qui arrive sur le bureau de Jozan, qui reçoit l'ordre en soirée, de faire passer un maximum d'avions de l'autre côté de la Méditerranée.
Les conventions d'armistice acceptées par Pétain prevoyant l'interdiction des vols militaires à partir de minuit.
Jozan réunit tous ses pilotes, pour leur annoncer la nouvelle et leur donner le choix entre l'accompagner en AFN ou rentrer en métropole.
A Hyères, le Lieutenant de Vaisseau Folliot, l'homme au bras cassé en Ardèche, second de Jozan, tient le même discours aux pilotes de son groupe.

Le 25, en contradiction avec l'armistice, les D-520 décollent pour Ajaccio et un ultime ravitaillement, avant la traversée sans escale possible. Ils y retrouvent les avions arrivant de Hyères.
Ce jour-là, deux D-520 sont endommagés à l'atterrissage suite à une rupture de leur train d'atterrissage, un des défauts récurrents du Dewoitine.
En fin de journée, l'aérodrome algérien de Bône-Hippodrome, qui est le plus proche de la Corse, recevait dix D-520, trois NAA-57 d'entrainement, un Potez Goëland et le dernier Potez 631 survivant de la flottille F1C.

Ensuite, ce sera Bône les Salines, avant le départ pour Bizerte Sidi-Ahmed en Tunisie, quelques jours seulement après leur arrivée.
Les pilotes y reprendront leur entraînement, utilisant même quelques Bloch 151 amenés par des pilotes de l'AC3, dans l'attente de nouveaux D-520, mais aussi du personnel n'ayant pu effectuer la traversée, faute d'avions pour les emmener.

En Juillet suivant, après la reprise des vols, les D-520 réceptionnés à Toulouse furent regroupés à Hyères, où les escadrilles AC-3, créée le 1er Décembre 1939 à Orly sur Bloch 151 et, l'AC-5, créée le 20 Juin 1940 à Hourtin sur Morane Saulnier 406, entamèrent leur transformation sur le D-520.
Elles sont accompagnées dans cette démarche par l'AC-4 qui a été instituée début Juillet 1940.
Bref feu de paille, puisque le 15 Août 1940, ces deux formations étaient dissoutes sur ordre de l'occupant, l'AC-4 les ayant précédé de quinze jours. L'ensemble des appareils de ces trois formations sont alors stockés sur la base de Hyères.
Seules les AC-1 et 2, passées en Afrique du Nord seront maintenues.

Le 1er Août 1940, un évènement "important" a lieu.
Le Flottille F1C devient 1FC et, en conséquence, les deux escadrilles prirent les appellations de 1AC et 2AC.
Il ne sort pas grand chose de ce changement, si ce n'est sans doute l'organisation théorique des unités qui est maintenant calquée sur celle de l'Armée de l'Air, avec douze pilotes et douze machines par escadrilles, quand tout est disponible.
Le même jour, le Lieutenant de Vaisseau Cassè remplace le Lieutenant de Vaisseau Ferran comme "Pacha" de la 1AC.
Dans les semaines qui suivront, les effectifs seront renforcés, pour tendre vers l'objectif indiqué et compenser les pertes subies pendant la Campagne de France.
Le séjour en Tunisie sera toutefois de courte durée, la flottille au complet partant s'installer à Tafaraoui.

Echaudées par l'affaire de Mers-El-Kébir le 3 Juillet 1940, les autorités ont décidé ce déménagement pour avoir une force d'interposition rapidement disponible, à proximité, en cas de renouvellement d'un raid sur la base navale. Dans les premiers jours de Septembre 1940, les deux escadrilles 1AC et 2AC, désormais toutes sur D-520, la seconde nommée depuis très peu de jours, sont à la BAN de Tafaraoui, près d'Oran, bientôt renommée Lartigue dès la fin du même mois, en mémoire au Contre-Amiral Lartigue, tué durant un bombardement sur la BAN Rochefort le 19 Juin 1940.
Cette base est affublée du surnom de "Tafalgadouille", ce qui en dit long sur son état en période de pluie. Elle était jusqu'alors une possession de l'Armée de l'Air.
C'est depuis Tafaraoui que la flottille assurera les 24 et 25 Septembre, l'escorte des bombardiers Martin 167-A3 de l'Aéronautique Navale, lors d'une mission de représailles sur Gibraltar, à la suite de l'attaque du 3 Juillet sur Mers-El-Kébir.

A la fin Septembre, Jozan, qui vient d'être promu Capitaine de Frégate, prend le commandement de la BAN Tafaraoui/Lartigue et du Groupe Aéronavale (GAN) nouvellement créé sur place. Il laisse la direction de la 1FC au Lieutenant de Vaisseau Pirel.
Le 1er Décembre, le Lieutenant de Vaisseau Folliot quitte le commandement de la 2AC. L'intérim est assuré par l'Enseigne de Vaisseau de première classe Graignic en attendant la future nomination.
A cette date, la 1FC est à nouveau à effectif complet, tant en pilotes qu'en D-520, grâce à quelques ponctions, partout où cela était possible en AFN.

Cette situation idyllique pour l'époque, ne durera pas.
Dès le 16 Décembre 1940, au cours d'une mission de tir-photo, deux D-520 parviennent à rentrer à la base malgré des dégâts importants.
Le Premier-Maitre Goffeny avait découpé proprement une partie de l'aile droite du Maitre Andrès avec l'hélice de son appareil.
Si à cette occasion il est impossible de reprocher à Goffeny de ne pas assez serrer la formation, l'explication au retour, en période de pénurie, laissa quelques souvenirs à l'intéressé.

Compte-tenu du peu de forces de l'Aéronavale parvenues en Afrique du Nord, la 1FC est contrainte de diviser son peu de capacité entre Tafaraoui, pour protéger Mers-El-Kébir et Bizerte, autre base très importante de la Marine en AFN.
Ses deux escadrilles, par roulement, feront le déplacement, la 2AC inaugurant ces vacations.
Elle partira le 18 Janvier 1941 pour Bizerte Sidi-Ahmed, en compagnie de la 6B sur Martin 167-A3 et restera trois semaines en Tunisie.
Pendant ce séjour, l'Enseigne de Vaisseau Prévost prend enfin le commandement de l'escadrille.
Retour avec la 6B, le 26 Février 1941 à Lartigue.

Le 1er Mars 1941, lors d'une prise d'armes, l'Amiral Ollive remet au Capitaine de Frégate Jozan la cravate de commandeur de la Légion d'Honneur, puis épingle la croix de guerre sur les fanions des deux formations de chasse.
A l'issue de cette cérémonie de remise de décorations, lors du retour à leur place des avions, moteur tournant, un Martin 167 piloté par le Maitre Claude, décolla au nez et à la barbe de tous pour aller se poser à Gibraltar, après un vol totalement en rase-motte pour passer ainsi au FAFL (Forces Aériennes Françaises Libres).
Une patrouille de D-520 partira pour tenter de ramener le fuyard à la base, mais, est-ce par manque de volonté ou par impossibilité technique, ils n'arrivèrent pas à le rejoindre.

Le 21 Mars, c'est au tour de la 1AC d'effectuer le déplacement tunisien, les trois semaines de détachement seront toutefois revues à la hausse, le retour ne se faisant que début Juin 1941.

Le 30 Mars 1941, une alerte retentit à Lartigue, pour intercepter et combattre une force navale anglaise qui attaque un convoi français et tirent sur une batterie de la défense côtière à Nemours.
Les bombardiers Martin seront escortés par des D-520 de la 2AC, à raison de trois avions pour la première vague de cinq bombardiers et deux autres de la même escadrille pour la seconde vague de trois Martin.
Durant l'attaque, les D-520 mitraillaient les ponts à basse altitude pour contrer l'action des servants de DCA.
Une seconde attaque à lieu dans l'après-midi, très proche cette fois de Gibraltar, que la flotte anglaise gagnait pour sa protection. Elle verra la même formation escorter les bombardiers Martin.
Dans les deux cas, il n'y aura pas de réaction de la RAF, la seule alerte vint du D-520 du Second-Maitre Bédard, dont le changement de pas d'hélice tomba en panne alors qu'il était toujours au-dessus du "Rocher".
Il dû rentrer à vitesse réduite à Lartigue, finissant son vol au bord de la panne d'essence.

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Les combats du Levant

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