Les combats du Levant


© Bundesarchiv. D-520 de l'armée de l'air à Catane (Sicile), lors de son transit d'AFN vers le Levant - Mai 1941
La seconde image montre les D-520 lors de leur escale en Grèce lors du vol de transit aller

D-520 Le 13 Juin 1941, Lartigue est en effervescence, des escadrilles françaises sont en instance de départ pour la Syrie, pour mener une guerre fraticide déjà entamée à terre, entre les Forces Françaises Libres, alliées aux anglais et aux australiens qui attaquent les positions vichystes dans ce pays.

Les semaines qui vont suivrent, vont écrire une des pages les plus sombres de la seconde guerre mondiale pour la France. Des français vont être tués par des français.

A Alep, le 4 Juillet, se posent enfin en renfort aux forces fidèles à Vichy et à celles de l'Axe, neuf D-520 de la 1AC. Trois autres arriveront deux jours plus tard directement à Rayack, où ils retrouveront la première vague de leur formation.
Ces derniers avaient été bloqués par les italiens sur le terrain de Rhodes. Italiens persuadés que Beyrouth était tombé aux mains des alliés.

Le voyage de l'escadrille, depuis Lartigue, et des bombardiers qui les suivent, se fit avec une aide logistique totale et sans faille des forces de l'Axe. Ces derniers ouvrant grand leurs terrains d'aviation et leurs stocks de carburant pour permettre un transit des forces françaises le plus rapide possible.
C'est ainsi que les appareils vichystes, après Sidi-Ahmed, firent escale sur les terrains de Brindisi en Italie et à Athènes (tenu par la Luftwaffe).
La 1AC du Lieutenant de Vaisseau Pirel avait quitté sa base de départ le 25 Juin, elle attendra à Sidi-Ahmed une autorisation de transit qui arrive le 29 au matin.
D-520 Les camarades de l'Axe ne pouvaient pas faire moins d'ailleurs.
L'Afrika-Korps de Rommel ne bénéficiait-il pas de l'aide sans faille de la France ?
France qui lui fournit sans retenue artillerie, munitions, véhicules et moultes logistiques, dont les très performants canons antichar français de 75 mm. Canons de 75 qui participeront (entre-autre) à "l'arrosage" copieux de la glorieuse 13ème demi-Brigade de la Légion du Général Koenig à Bir-Hakeim.
Et enfin, l'Axe n'allait pas empécher Vichy de les aider en tentant de couper les lignes arrières des forces anglaises d'Afrique du Nord.

Dès l'arrivée à Rayak, le 6 Juillet, la 1AC sera divisée en deux part égales, pour assurer le maximum de missions, chaque unités étant commandé par les Lieutenant de Vaisseau Pirel et l'Enseigne de Vaisseau de première classe du Merle.
Le même jour dans l'après-midi, la demi-1AC escortera quatorze LeO-451 de l'Armée de l'Air qui vont attaquer sur la côte deux objectifs, dont l'un est une escadre anglaise. Durant cette mission, deux Hawker Hurricane de la RAF sont abattus (1 sur + 1 probable).

Le 7 juillet, l'autre demi-unité, après une escorte avec straffing d'une colonne motorisée anglaise, assure la protection de bombardiers attaquant les mêmes type de cibles que la veille.

Le 9 Juillet, des rumeurs de pourparlers entre les belligérants fait repartir vers les aérodromes grecs de la Luftwaffe une partie des forces aériennes vichystes, dont la moitié de la 1AC sous les ordres de l'Enseigne de Vaisseau Cassè.
Les appareils ne rentreront en Afrique du Nord, qu'avec l'accord de la Luftwaffe, qui s'accordait sans doute fort bien de ce surplus d'effectif impromptu, pour laisser trainer les choses.

Seule l'autre moitié de la 1AC restera encore à Alep-Nérab, ravitaillée en matériel par des Leo H257bis antédiluviens de la 1E qui viennent d'arriver. Ces derniers étaient partis à la même date que les chasseurs des bases françaises d'AFN.

Pour escorter des missions de bombardements des forces vichystes, le reste de la 1AC ira de terrain en terrain, profitant des missions pour abattre des bombardiers Blenheim le 10 Juillet.
Quatre de ces appareils sont confirmés, deux pour l'Enseigne du Merle, un pour le Lieutenant de Vaisseau Pirel, un pour le Premier-Maitre Bénézet, un autre Blenheim est très endommagé par le Premier-Maitre Goffeny.
La RAF réplique cependant vigoureusement avec les P-40 Tomahawk australiens du squadron 3, en endommageant deux D-520.
Le Premier-Maitre Goffeny, légèrement blessé, sera obligé d'atterrir sur le ventre, après avoir réussi à ce qu'un de ses assaillants qui voulait lui porter l'estocade, percute le sol dans la montagne du Chouff, tandis que le Second-Maitre Ancion, lui aussi touché, tente un atterrissage sur le ventre dans la plaine de la Békaa.
Pour ce dernier, l'affaire se passe mal, l'appareil se retourne et prend feu. Le pilote, sorti de son cockpit par des locaux, est conduit à l'hôpital de Chaldée, où il décèdera quelques heures plus tard de ses brûlures et traumatismes.

La 1AC évacue le Liban le 13 Juillet 1941, quatre D-520 décollant pour Athènes-Eleusis, où ils retrouvent les six autres évacués depuis le 9 et toujours en attente de transit. Tous regagneront Lartigue le 22 Juillet, sauf un qui s'arrête en Sicile suite à une panne.
Preuve si il fallait encore de la bonne entente de Vichy avec l'Axe (et inversement), le Maitre Ossemond, malheureux pilote du D-520 défaillant est rapatrié en AFN par la Regia Aeronautica.

Le bilan de cette opération syrienne, pour la 1AC, parce que pour les formations de bombardement le résultat est nettement plus mauvais, est de un pilote tué, un légèrement blessé et trois avions détruits.
A son avantage, huit victoires, dont six sûres, qui lui vaudront une nouvelle citation à l'ordre de l'armée de mer.
Même si les pertes sont lourdes coté alliés, près de 1 000 tués et autant de blessés, elles ne sont rien comparé aux 1 066 tués et 5 400 blessés de Vichy, pour un rapport de forces quasiment égal en hommes, mais avec une force aérienne nettement inférieure en nombre pour les alliés.
La victoire est donc sans appel pour les alliés qui coupent ici les souhaits allemands de soulèvement du Moyen-Orient contre les Anglais et les Soviétiques.
Pourquoi une telle défaite ?
Pourquoi l'Etat-Major n'a-t-il pas envoyé le binôme 1FC/4F en Syrie, alors que ces formations avaient l'habitude de s'entrainer et travailler ensemble à Lartigue depuis près d'un an ?
D-520 Il a été invoqué les commissions d'armistice qui auraient interdit l'envoi de ces deux formations, mais comme déjà évoqué, la chose est difficilement recevable, au regard des "facilités" faites aux forces de Vichy par celles de l'Axe (et réciproquement d'ailleurs).
Il semble qu'il faille plus regarder du coté du commandement en Syrie, avec le général (Air) Jannekeyn qui n'a pas été en mesure d'évaluer les forces adverses.
Vichy a reproduit les mêmes erreurs que durant la Campagne de France, des raids aériens avec de petites formations contre des objectifs terrestres sans chercher en premier, à annihiler les forces aériennes adverses, alors que les anglais mitraillaient jour après jour les terrains français en détruisant un grand nombres d'appareils des forces de Vichy.
Les démons de la débâcle de 1940 semblaient encore bien présent.

© Jim Kinnear collection. Un D-520 détruit à Rayak


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Stopper le débarquement allié

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