Les premiers D-520 Marine


La Marine ne pouvait ignorer les qualités de cette machine et commanda, au début de l'année 1940, cent-vingt exemplaires, dont quatre-vingts livrables cette même année, les quarante derniers en 1941.
Par lettre du 29 Mai, alors que la guerre avait débutée depuis quinze jours, le ministre de la Marine demandait à son collègue et néanmoins suzerain de l'Air, la livraison de la totalité de cette commande en 1940.
Il insistait sur l'urgence de remplacer les Bloch 151 et autres Potez 631, jusque-là utilisés par les trois escadrilles de chasse de la Marine. Alors que Dewoitine n'arrive déjà plus a honorer les contrats en cours, le même mois, une commande supplémentaire de trois cents exemplaires fut passée par la rue Royale, tous devant être livrés en 1941.
Au regard de la situation stratégique, il est évident que cette demande restera lettre morte, et qu'aucun de ces avions ne fut livré pour cause de débâcle.

Le 27 Mai 1940, le Capitaine de Corvette Jozan, commandant depuis le 6 Mars de la flottille F1C, regroupant les escadrilles AC1 et AC2, quitte le front Nord de Paris.
Il va plaider la cause de sa formation, afin d'obtenir l'attribution d'avions nouveaux, destinés à remplacer les Potez 631 et Bloch 151 des AC1 et 2 à bout de souffle et de possibilités face à la Luftwaffe.
Ce ne sera que le 2 Juin, alors que la 1ère flottille de chasse est repliée sur Cherbourg-Querqueville que la nouvelle parviendra aux intéressés.
Ils n'ont d'ailleurs jamais si bien mérité leur nom, au vu des machines dépassées avec lesquelles ils doivent se battre, la flottille au complet va être rééquipée avec le fin du fin de la chasse française, le Dewoitine 520.

Seulement, "va être", ce n'est pas immédiatement, même si la situation le méritait pourtant, s'aggravant de jour en jour, voir d'heure en heure, l'armée allemande bousculant toutes les défenses françaises qu'elle trouve sur son passage.
Bien sûr, l'Enseigne de Vaisseau de première classe Cassè part immédiatement pour Toulouse, afin de préparer le détail de cette attribution, mais la guerre continue et le nombre d'avions encore en état au sein de la flottille est de plus en plus réduit.
Mais comme l'a bien noté l'Histoire, en France, ce n'est que grand désordre à cette époque. Le 8 Juin, arrive à la flottille un renfort d'officiers mariniers, frais émoulus de l'école de chasse reconstituée en catastrophe par la Marine après la défection, au plus mauvais moment, de l'Armée de l'Air, pourtant engagée par décret depuis 1930 à assurer la formation des élèves pilotes marins.
La pénurie en aéronefs est telle que ces pilotes furent transformés sur Caudron Goéland, un bimoteur de transport et liaison.

Ce ne sera que le 9 Juin, qu'un détachement de pilotes partira pour Toulouse, de Maupertus dans la banlieue de Cherbourg, qui était déjà à cette date quasiment sur la ligne de front.
Il aura fallut attendre ce 9 Juin, alors que la nouvelle de l'arrivée des D-520 date déjà du 2 et que l'intervention de Jozan est du 27 Mai !
Est-on vraiment conscient de l'urgence dans ce pays en guerre ?

Les restes de la flottille encore au contact avec l'ennemi quitteront Cherbourg pour Brest le 18 Juin, où ils seront acceuillis par la DCA française, qui n'avait pas été informée de leur arrivée.
Le départ de Normandie sera ressentie par les défenseurs de la ville comme le signe avant-coureur de la défaite qui se préparait.
Les tirs fraticides de DCA seront nombreux durant cette période, critiqués par tous, sauf peut-être par les allemands, signe criant d'une désorganisation totale des forces françaises et ce, quelques soit le lieu.
Dans le cas des avions arrivant à Brest, ils seront sacrifiés par ces tirs, mais le plus grave, un pilote sera blessé, l'oreille arrachée, c'est dire si la bavure maximum était proche !
D'ailleurs, elle ne tardera pas, mais destinée cette fois à un malheureux Blenheim britannique en difficulté, cherchant à atterrir sur le même terrain, il sera abattu.

L'étape suivante de la fuite éperdue sera Rochefort sur Mer, une partie des pilotes, par voie aérienne, le reste de la flottille, par la route.

Et les heureux élus pour la prise en main du D-520 à Toulouse ?
Echappant aux joies d'une retraite par les routes, ils n'ont par contre pas de temps pour se transformer sur leur nouvelle monture.
Chacun note sur une feuille de papier les principaux paramètres de vol et décolle ainsi, sans autres acquis.
Du 12 au 15 Juin, les avions sont convoyés à Rochefort, mais ne peuvent être engagés au combat, car ils sortent d'usine avec les armes non réglées, les radio non calées et une foule d'autres détails qui font que les D-520 ne peuvent ête considérés "bon de guerre".
Un point parmi tant d'autres qui continuait à précipiter la France vers la défaite, même si du fait de leur faible nombre, les D-520 Aéronavals ne pouvaient plus inverser la tendance. Ils auraient au moins pu donner du fil à retordre à la Luftwaffe, si tous les moyens avaient été mis en oeuvre pour les préparer au combat.

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Une livraison au ralenti

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