Un retard fatal

Morane MS-406

MS-406 En Janvier 1937, le D-520 était reconnu par le Ministère de l'Air, comme correspondant en tous points aux exigences du programme revu et corrigé. Il était maintenant doté d'une aile d'envergure réduite et pouvait recevoir le futur moteur Hispano-Suiza de 1 200 ch en développement chez son constructeur.
Il y restera d'ailleurs si longtemps, que nul ne le verra jamais sur quelque avion que ce soit.
Toutefois, aucun prototype n'en sera commandé, le MS-405 ayant été choisi peu de temps auparavant pour équiper la chasse française, soixante-cinq exemplaires avaient été acheté le 10 Novembre 1936 (contrat 895/6).
Le Ministère de l'Air qui connaissait les études de Dewoitine et, leur avancement vers la nouvelle norme définie, portait là un mauvais coup au D-520 en ayant choisi un Morane Saulnier déjà dépassé.
Qu'on en commande soixante, soit, rien de clair semblait exister vraiment jusque-là à leur yeux, mais en faire le co-recordman de France du nombre d'avions produits, avec plus de mille exemplaires, dénotait un manque d'esprit critique.
Etait-ce, comme pour Nieuport, vingt ans plus tôt, la volonté de ne pas laisser Dewoitine obtenir le monopole de fait, de la fourniture de chasseurs aux armées aériennes françaises ?
Le programme du futur D-520 et la construction de la cellule d'essais eurent malgré tout lieu durant cette année, même si la régularisation de cette initiative n'intervint que le 3 Avril 1938, avec le contrat 513/8 du Ministère de l'Air.
Il était temps, le premier prototype, le D-520-01, était presque prêt à prendre l'air !

Bien sûr des modifications de détails de dernière minute durent intervenir à la suite de la visite, le 27 Juin suivant par le STAé, de la maquette à l'échelle 1.
Mais malgré cela, le 2 Octobre, le premier vol eut bien lieu à Toulouse-Francazal, avec Marcel Doret aux commandes.
Il est certain que le retard pris durant l'année 1937 ne sera jamais rattrapé, il correspond au temps qu'il manquera en 1940, pour produire le nombre suffisant de D-520 qui auraient peut-être pu faire basculer la chance aérienne.

Le moteur Hispano-Suiza 12Y25 équipé d'une hélice en bois bipale donna un avion décevant, avec un 480 km/h de vitesse maximale. Il n'était toutefois pas le seul responsable, les radiateurs d'intrados y contribuaient également en provoquant une trainée aérodynamique catastrophique.
Ces derniers étaient d'une efficacité douteuse puisqu'ils n'empéchait pas la surchauffe du moteur.
Ce défaut fut le premier modifié, avec l'adoption d'un radiateur unique maintenant placé sous le fuselage. La dérive fut elle aussi modifié et vit sa surface agrandie, pour combattre une instabilité latérale en vol.

Lors du huitième vol, le 28 Novembre 1937, le D-520-01 effectue un cheval de bois qui par chance ne laissera aucune séquelle sur l'appareil.
Profitant de cet accident, l'appareil est remotorisé avec HS-12Y29 de même architecture que le moteur précédent, mais équipé de pipes d'échappement propulsives, en remplacement des pipes directes habituelles.
Immédiatement, le D-520 passait la barre mythique des 520 km/h réclamés. Léopold Galy, autre pilote d'essais de Dewoitine, réussissant même un 825 km/h en piqué le 7 Février 1939. Cette performance eut lieu peu de temps après la sortie et le premier vol le 28 Janvier précédent, du prototype n°2 qui portera le numéro inexact de D-520-01, déjà utilisé.
Il était bien sûr quelques peu différent, fruit des expériences amassées sur son prédecesseur. La gouverne était complètement redessinée, la verrière mobile coulissait maintenant vers l'arrière (le premier prototype ne disposait pas de verrière, mais juste d'un pare-brise, avec une verrière fixe s'ouvrant par panneau), les amortisseurs du train d'atterrissage avaient également été améliorés.

D-520-02 L'armement apparaissait également sur cette deuxième épure, avec le canon Hispano-Suiza HS-404 de 20 mm tirant à travers le moyeu de l'hélice ainsi que deux mitrailleuses MAC (Manufacture d'Armes de Chatellerault) de 7,5 mm placées dans des gondoles d'intrados.

Commença alors la série des essais officiels, le second prototype étant pris en charge par un certain capitaine Rozanoff, qu'on retrouvera, après guerre, comme chef essayeur chez Marcel Dassault (ex-Marcel Bloch).
Les bonnes dispositions de la machine furent confirmées, avec 545 km/h à 5 000 mètres et une montée à 8 000 mètres en 13 min 45 sec, pour un cahier des charges exigeant 520 km/h et 15 min.

Le "vrai" chasseur de l'Armée de l'Air et de l'Aéronavale était enfin là !

Pour compléter l'aspect positif de tout cela, l'apposition du camouflage standard de l'Armée de l'Air donna l'occasion de doter le prototype de sa numérotation véritable: D-520-02.

Vint le troisième prototype, quasiment identique au second, en effet pourquoi changer un avion qui gagne ?
Les seules améliorations portant sur la remotorisation avec un Hispano-Suiza 12Y31, de même origine et de même architecture.
Dans le même temps, le petit chasseur de Dewoitine prouva qu'il pouvait faire encore mieux, avec 550 km/h à 4 000 mètres et une montée à 8 000 mètres en 12 min. 53 sec.
Ce prototype fut doté d'une roulette de queue en remplacement de la béquille, dénotant quelque peu à ce niveau.
Le D-520-03 vola pour la première fois le 5 Mai 1939 aux mains de Marcel Doret, il sera aussi confié aux mains du pilote d'essais belge Arendt, son gouvernement manifestant l'intention de négocier l'achat d'une licence de production.

Malgré une situation géopolitique alarmante, il faudra attendre fin Septembre 1939 pour que le CEMA prennent enfin en charge le D-520 pour une nouvelle campagne de tests officiels, il est vrai que la France n'avait déclaré la guerre à l'Allemagne que depuis un mois !
Si on avait pris soin de déplacer, pour cause de guerre, le CEMA de Villacoublay à Orléans-Bricy, l'urgence de tester la meilleure chance vis-à-vis du Messerschmitt 109, surtout dans sa version Bf-109-E qui entrait juste en service, ne semblait pas avérée.

Et la production dans tout ça ?


Lire la suite:
La production en série

Plan du site | Mentions légales & Sources | Contact | © Aéronavale & Porte-avions 2012-2017, tous droits réservés

Ayez pitié de votre PC, choisissez un navigateur libre et sécurisé   a&eacuteronavale & porte-avions.com