Face aux alliés en AFN


Du 24 Septembre au 10 Octobre 1941, la 2AC assure son tour de garde au-dessus de Bizerte Sidi-Ahmed, tandis que le reste de la flottille ouvre son parapluie sur Mers-El-Kebir, persuadé que la flotte anglaise attaquera à nouveau, d'autant que la bonne fortune des armes lui donne plutôt de plus en plus la main pour toutes les opérations sur les rivages africains de la Méditerranée.

Dans les premiers mois de 1942, à la suite de rumeurs de débarquement allemands au Maroc (d'autres sources disent alliés, ce qui est exacte, mais un peu prématuré), la flottille reçoit l'ordre de se déplacer à Camp-Cazès, près de Casablanca, pour être prête à répondre à ce qui est jugé par le pouvoir et les états-majors comme une agression.
Elle effectuera son transfert le 22 Avril, alors que depuis le début du mois, le Lieutenant de Vaisseau Prévost a quitté le commandement de la 2AC, le Lieutenant de Vaisseau Graignic assurant, comme d'habitude l'intérim.
Personne ne se plaindra de quitter les conditions de vie particulièrement spartiates de Lartigue.
Quelques semaines plus tard seulement, la nouvelle et définitive destination sera Port-Lyautey.
Là est révélé le risque réel, amenant la flottille à mettre en place des patrouilles en alerte, avec les pilotes équipés et sanglés dans les avions prêt à décoller.
Des exercices d'attaque simulée de bombardiers sont aussi organisés avec la participation des Martin-167 de la flottille 3B.
Parfois, l'exercice prend une saveur de vérité, comme en Mai, lorsque deux D-520 interceptent un avion anglais un peu trop proche des eaux territoriales marocaines. Rapide passe d'armes sans intention belliqueuse particulière des deux côtés, les rafales ne visant personne en particulier.

Le Lieutenant de Vaiseau Graignic obtient enfin, début Août, un vrai commandement, il succède au Lieutenant de Vaisseau Cassè à la tête de la 1AC.
Quant à la 2AC qui semble se spécialiser dans les commandants par intérim, c'est cette fois le Lieutenant de Vaisseau du Merle qui accède à cette fonction.

L'activité aérienne allié, au cours de ce même mois d'Août, prend un tour beaucoup plus présent, les cas de pénétration de l'espace aérien marocain devenant plus fréquents, avec, à chaque fois, reconduction de l'égaré en secteur international.
Il y aura même une interception musclée, le 8 Août, contre un hydravion Sunderland par une patrouille de deux D-520 de la 2AC, conduite par le Premier-Maitre Bénèzet, se finissant toutefois sans mal des deux côtés.

Septembre et Octobre seront par contre beaucoup plus calme sur le plan aérien, le seul changement important fut, le 1er Octobre 1942, le départ du Capitaine de Corvette Pirel, remplacé à la tête de la 1FC par son adjoint, le Lieutenant de Vaisseau Folliot, qui vient de réintégrer la flottille après dix-huit mois de détachement au sein du GC II/7 de l'Armée de l'Air.

Pendant ce temps, en métropole, toujours en 1942 et à seulement quelques semaines de l'envahissement de la zone-Sud par l'occupant, trois D-520 sont déstockés à Hyères et affectés au Centre d'Entrainement au Pilotage de l'Aéronavale situé à Fréjus Saint-Raphaël, pour remplacer des Bloch 151 et MS-406 dépassés et utilisés jusqu'alors.
Ces trois D-520 seront saisis par les allemands lors de l'occupation de la zone libre.

Le 8 Novembre 1942 est un dimanche.
La flottille 1FC n'est pas de service, les deux commandants d'escadrille et de nombreux pilotes sont en permission.
Dès 3 heures du matin, un ordre de mise en état d'alerte parvient à la base, déclenché par l'information selon laquelle le port et l'aérodrome d'Oran sont attaqués par une force anglo-américaine.
Ce qui était subodoré depuis le début de l'année arrive enfin, les alliés débarquent au Maroc et en Algérie.
Folliot et quelques officiers mariés, logés sur l'Alphée, un petit yacht transformé en logements à l'ancre dans l'oued Sebou tout proche, arrivent à 4 heures.
Le branle-bas de combat est sonné immédiatement, les avions sortis des hangars, tandis que les pleins de carburant et de munitions sont effectués.
A 5 heures, la mise en état de guerre est confirmée par l'état-major de la Marine au Maroc.
A 8 heures (c'est l'aube hivernale, nous sommes en Novembre), decollent les D-520 du Lieutenant de Vaisseau Folliot, de l'Enseigne Gleize et du Second-Maitre Desnus, pour assurer une reconnaissance et un mitraillage des plages du débarquement.
L'absence d'aviation adverse est mise à profit et le groupe atterri sans dommage et réarme imédiatement.
A 8h30, ce sont les Enseigne Guyon et Mauban de la 1AC qui décollent à leur tour pour le même type de mission. Les deux pilotes tentent sans succès d'abattre un hydravion américain, ce dernier réussi même à mettre deux balles dans la voilure du D-520 de Mauban qui vient de subir une panne totale de son circuit d'armement.
Mauban est de retour sur le terrain après à peine quinze minutes de vol, au moment même où les pilotes Midoux et Bédard redécollent pour un mitraillage à l'embouchure de l'oued Sebou, où les alliés tentent déjà d'établir une tête de pont.
Lorsque ces derniers se reposent à 9h10, à court de munition, Folliot redécolle seul.
Quelques minutes plus tard, un groupe de F4F Wildcat, qui provient de la Western Task Force du vice-Amiral Hewitt, effectue une attaque en règle de la BAN de Port-Lyautey, mitraillant les avions en train de ravitailler et d'être réarmés. Comme en Syrie, l'aviation Vichyste se fait étriller.
Trois Glenn Martin de la flottille 3B sont abattus alors qu'ils tentaient de décoller, quelques D-520, profitant de la pagaille générale réussissent à s'enfuir.
Dans ces chasseurs qui réussissent à décoller, certains partent au combat, tel le Maitre Moulinier, qui est cependant sans radio, cette dernière a été détruite par un tir adverse.
Il rejoint le Lieutenant de Vaisseau Folliot en altitude, les échanges d'informations ne pouvant se faire que par geste, Folliot explique à Moulinier qu'il manque de munitions et lui demande d'effectuer la dernière passe de mitraillage sur la plage en leader.
Lorsque Moulinier termine sa ressource après l'attaque, il n'a plus personne derrière lui, le Commandant Folliot a disparu.
Cette disparition ne sera jamais élucidée, ni corps, ni épave n'ayant été retrouvé.
L'hypothése la plus couramment admise est la chute en mer de Folliot après avoir été atteint par la DCA de l'US Navy.
Lorsque Moulinier arrive au dessus de la base de Port-Lyautey, il aperçoit une formation de quatre F4F Wildcat et, vide ses dernière cartouches sur le numéro quatre de la formation, qui lui sera attribué comme victoire probable.
Pour le pilote fançais, ce sera la piste de secours en herbe qui l'accueillera, la principale étant désormais inutilisable.
Le Second-Maitre Bédard qui a décollé au milieu de la mitraille, est de son coté obligé de se poser en rase campagne après avoir été pris en chasse et copieusement mitraillé par un groupe de F4F Wildcat dont il venait d'abattre l'un d'entre-eux.
Les pilotes français goutent avec amertume l'efficacité des mitrailleuses Brownwing de 12,7 mm américaine, autrement plus performantes que les MAC de 7,5 mm des D-520.
Bédard réussira cependant à redécoller et rejoindre Meknès, à deux-cents kilomètres de là, base de l'Armée de l'Air où tous sont surpris de l'apreté des combats.

Les D-520 seront décimés de toutes les façons.
Certains ont été atteints par les tirs d'avions alliés alors qu'ils étaient encore au sol, d'autres le seront de la faute du commandement de la base de Port-Lyautey qui, dès 9h50, ordonne le repli à tous les pilotes encore possesseurs d'avions en état de rejoindre le terrain de Sidi Yahia du Rharb.
Le seul problème de cet ordre, c'est que ce terrain dit de secours, est tout sauf un terrain prévus pour faire atterrir des chasseurs.
Ce n'est qu'un vague champ labouré et balisé de çi de là. Cinq appareils vont y être endommagés lors de ce repli.
Les incidents iront de la mise en pylône (le D-520 termine le nez dans le sol, "posé" sur son hélice), au passage sur le dos, heureusement sans déclenchement d'incendie.
Seuls deux appareil se poseront sans dommage, un autre échappera à l'accident de justesse, en ordonnant au pilote en cours de présentation de dégager. Il ira finalement se poser à Fez pour son plus grand bien et celui de son avion.
Pour parfaire le tableau, les F4F Wildcat de l'US Navy effectuèrent un raid en soirée sur Sidi Yahia, finissant de détruire les appareils endommagés le matin même, par un atterrissage chaotique.

Les rescapés de ces premiers combats se regrouperont sur Meknès en fin de journée.
Ce qui fait se poser la question ,de pourquoi avoir envoyé les appareils à Sidi Yahia, que tous savaient impropre à l'accueil des D-520, alors que Meknès était à portée de vol ?
Le lendemain, ils participeront à la couverture aérienne de la base, activité toute théorique, la base ne disposant d'aucun moyen d'alerte externe et étant quasiment privée de moyens de communications.

Au soir du 10 Novembre, quand prennent fin les combats, la 1FC a payé un lourd tribu à son obéissance à un état-major et un gouvernement d'AFN, dont l'on peut se demander ce qui les a poussés ainsi à vouloir résister aux alliés.
Le commandant de la flottille est porté disparu, avec dix-neufs appareils totalement détruits au sol, ce sont les trois-quarts de ses D-520 qui ont été rayés des effectifs, le tout pour deux victoires classées comme probables et une nouvelle citation à l'ordre de l'Armée de Mer.

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